Trente-huit mariages à Lifou

Entre mai et septembre, c’est la saison des mariages à Lifou (ou Drehu, prononcé Djehu, dans le dialecte local du même nom), et, cette année, on en célèbre trente-huit. Autant dire que lorsque nous arrivons à l’improviste à Wè Marina le premier jour des vacances scolaires et que nous tentons de louer une voiture, nous sommes reçus avec incrédulité par les agences de location que nous appelons, dont les véhicules sont réservés depuis un an. Sans me décourager, je saute sur mon vélo électrique, bien décidée à leur rendre visite et à plaider ma cause en personne. La dernière et la plus proche de la marina, Autopro, cède à mes yeux baissés lorsque je lui explique que je n’ai besoin de la voiture que pour vingt-quatre heures. Grâce à la grève d’Aircalin qui a retardé toutes les arrivées de Grande Terre, ils disposent de quelques véhicules qui ne seront récupérés que le lendemain après-midi.

N’ayant qu’une seule journée clandestine à passer sur l’île (en route pour le Vanuatu, avec les formalités de douanes complétées à Nouméa), nous devons l’optimiser et partir à 7h du matin (départ tardif par rapport aux locaux qui sont tous dehors dès 5h du matin, heure d’ouverture de la banque à Nouméa également).

Nous commençons par la randonnée jusqu’à la plage de Kiki, garons notre voiture dans le jardin de la maison située à côté du stade de football de Xepenehe, déposons nos droits d’entrée (500CFP/pers) dans la petite boîte honnête exposée, et nous aventurons dans la jungle en suivant la piste bien entretenue jusqu’à la plage. Là, nous nous émerveillons devant le dégradé du blanc à l’aigue-marine, grimpons dans une grotte de la falaise, nous baignons et jouons une partie de Triple Square (un des sports inventés par Zéphyr, dérivé du rugby, avec un ensemble de règles aussi aléatoires que d’accorder un point aux deux équipes dans certains scénarios ou de diviser par deux les scores de tous les participants lorsqu’ils sont égaux en même temps), avant que d’autres touristes n’arrivent et ne rompent le charme de la plage isolée que nous avons eue pour nous tout seuls jusque-là.

Au programme, concocté pour nous par Nathalie (une amie de mon oncle installée à Lifou depuis février, que nous avons rencontrée lors d’un déjeuner sur Obélix la semaine précédente pour lui soutirer des informations utiles), la visite de Notre-Dame de Lourdes, en haut de la colline d’Easo, surplombant l’impressionnante Baie du Santal (cf. photo d’illustration). Nous tirons un banc de la Chapelle, comme indiqué, pour un pique-nique avec vue sur la baie, avant de nous rendre à l’aquarium naturel de Jinek. Malgré le vent soufflant du Sud-Ouest qui perturbe le calme de cette petite baie aux eaux pures et au dédale de coraux, la visibilité est excellente et les poissons abondants. Mes préférés sont les bancs de poissons jaunes verticaux au long museau, rayés de noir, en damier ou avec un gros point noir de chaque côté (tang ?).

La journée n’est pas complète sans une visite de la Maison de la Vanille à Hnathalo, et de la plantation de vanille d’Elisa juste en face. Elisa nous explique comment, alors qu’elle avait peur des crabes cocotiers, son mari lui a appris à les capturer en les vendant aux restaurants pour arrondir ses fins de mois. Heureusement, ils n’ont plus besoin de cette activité pour subvenir à leurs besoins puisque son mari a désormais un emploi et qu’elle se lance dans le commerce de la vanille. À la fin de la visite des crabes de noix de coco en cage, du cochon sauvage, des chauves-souris frugivores mâles solitaires (ils en ont eu huit mais ont mangé tous les autres, et espèrent maintenant attraper une femelle pour pouvoir s’accoupler), et des centaines de plants de vanille, alors que nous sirotons notre thé et notre café infusés à la vanille, j’ai même pu apprendre “Nyipeti A Troye”, une chanson en drehu célébrant Jésus-Christ. Halleluijah !

Une escale honorable, parfaitement timée puisque nous remettons les clés de la voiture à l’agence à 16h35, avec suffisamment de temps pour préparer le bateau pour notre voyage de 160 miles nautiques vers Tanna, Vanuatu, le lendemain matin.

Lorsque je me réveille et me prépare à partir à 7 heures du matin, en m’affairant autour du bateau, j’aperçois du pain frais appétissant dans le bateau du voisin (lui-même instructeur de plongée se préparant pour une session) et je demande où il l’a trouvé, la petite épicerie en face de la station-service à 5 minutes de marche de la marina. Il me prévient cependant que lorsqu’il y est arrivé à 6h du matin, ils étaient déjà à court à cause de tous les mariages. Lorsque je m’y précipite, je suis effectivement témoin de la bousculade avec les gens qui entrent et sortent, et je ne peux m’empêcher de remarquer avec beaucoup d’inquiétude leurs paniers remplis de pain parmi leurs autres provisions. Mais lorsque j’entre dans la boutique, béni soit le boulanger, les étagères viennent d’être chargées d’une nouvelle fournée. Je retourne donc à Obélix victorieuse, avec deux baguettes sous le bras comme une respectable maîtresse de maison française.

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