Anniversaire mystère

Une collection d’humains, réunis dans une même pièce pour la première fois, et se dévoilant dans une intimité inédite, voilà, entre autres, ce que m’a offert Thomas pour mon anniversaire.

Me sachant incapable de masquer ma déception, redoutant les mauvaises, j’ai longtemps décrété, comme Sacha Guitry, que je n’aimais pas les surprises, et dissuadé quiconque de m’en faire. Je salue donc l’audace qu’a eu Thomas d’organiser, derrière mon dos, un week-end d’anniversaire rocambolesque, avec visite de deux amies chères, descendues par le train de Paris, et activité-mystère-resto le samedi soir, où nous ont rejoints d’autres amies plus « locales ».

Rêve éveillé ou film dont je serais l’héroïne, ça débute le samedi midi, la caméra avance, gros plan sur Estelle qui me cherche des yeux à la sortie de la gare de Montpellier Sud De France, talonnée par Ariane qui a pris le même train. La file ininterrompue de voitures au dépose-minute m’a un peu retardée mais, depuis ma petite twingo grise, je ne tarde pas à les apercevoir et de me garer pour les faire monter, et elles de noter aussitôt ma tenue quasi estivale, jean – T-shirt, tout emmitouflées qu’elles sont dans leurs veste et doudoune d’hiver respectives.

La température est exceptionnelle, frôlant les 20 degrés, et nous vaut, après une pause-café gourmande au bateau – j’avais de justesse préparé un fondant au chocolat avant leur arrivée, une baignade euphorisante à la plage de Carnon l’après-midi même. Nous lézardons, papotons, elles prennent leurs aises à la « villa » qu’on nous a prêtée pour l’occasion, et nous retournons au bateau toutes pomponnées, prêtes à sortir je-ne-sais-où-mais-j’en-ai-bien-une-petite-idée-quand-même.

Puis c’est Michèle, ma nouvelle copine de théâtre qui se joint à nous, comme par hasard, juste au moment où nous nous apprêtons à nous mettre en route. Le départ du prochain tram étant affiché plus de vingt minutes plus tard, Thomas nous suggère de marcher jusqu’à la prochaine station histoire de ne pas attendre les bras croisés, et là, nouvelle surprise, on tombe sur Christelle et Marlène. Tous connaissent évidemment notre destination et notre activité mystère et tentent de me sonder. Il me suffit d’inscrire une lettre, une seule, mais qui compte double, sur un bout de papier, que je garde caché dans mon sac à main, pour qu’ils comprennent que je sais pertinemment que l’on s’apprête à s’époumonner non pas en kayak, mais en karaoké !

A notre arrivée à Jost, Erna nous attend au bar, dernière recrue de notre girls band éphémère. On nous installe dans notre box, nous explique le fonctionnement, et, heureusement, le système est en français et non en coréen comme la seule fois que j’avais participé à un karaoké de ce type en Nouvelle-Zélande. 4 Non Blondes (en l’écrivant, je viens de comprendre l’ironie du nom!), Bashung, Les Beatles, Michel Berger, Brel, Noir Désir, Nino Ferrer, Gainsbourg, Fools Garden, Aretha Franklin, Patricia Kaas, Keane, Nat King Cole, Freddy Mercury, Piaf, Red Hot Chili Peppers, et Renaud, passent à la casserole jusqu’à ce qu’Oasis se fassecarrément tronquer par la machine, faute de temps écoulé. Et malgré la primeur de la situation, malgré les arrangements un peu cheap, malgré le massacre musical à coup de gueulantes, nous avons ri à cœur joie, réveillant les souvenirs du passé, et formulant des vœux pour l’avenir.

La soirée n’aurait pas été complète sans son lot de galères, ainsi, après un diner africain très copieux à la Saint Louisienne (notez le nom non anodin, pour qui sait que Thomas et moi nous sommes rencontrés à Saint Louis), où nous apprenons les velléités de marabout de l’une de nous qui confesse soigner les indisciplines de ses élèves en les « congelant », nous dédaignons le tramway (annoncé cinquante minutes plus tard), réservons un taxi collectif (annulé au dernier moment), et optons pour les Vélomagg comme moyen de locomotion bas-carbone, immédiatement disponible et dont la durée de trajet rivalise avec l’attente du taxi ou du tramway. Sauf que nous sommes loin de connaitre Montpellier comme notre poche, nous nous embrouillons dans l’itinéraire et nous échouons, à minuit passé, à Port Marianne, frigorifiés (notamment Ariane qui a, soit dit en passant, une bronchite que nous avons allègrement ignorée) cherchant donc désespérément un plan B pour rejoindre nos voitures laissées à Pérols. Les stations vélo libre-service du quartier étant toutes pleines, nous finissons par sauter dans le dernier tramway, (celui initialement boudé), encombrés des Vélomagg, que nous rebranchons au terminus, où, grâce au ciel, il reste suffisamment de places vacantes. Les départs des unes et des autres se sont échelonnés tout au long de la soirée, et après un dernier pisse-mémé en petit comité à la villa, avec Thomas, Ariane et Estelle, nous regagnons nos pénates à 2 heures passées. Le lendemain, dimanche, réveil tardif. Il fait plus froid et moins invitant que la veille à mettre le nez dehors. Ciel gris souris, brunch aux pancakes, et brève balade aux flamands rose. Massage, papotage, initiation de Christelle au Code Names et derniers aurevoirs. En fin d’après-midi, lorsque toutes mes copines sont reparties, outre quelques nouveaux bouquins d’occasion, des sachets de yogi tea avec leurs aphorismes plus ou moins inspirants, et un sac à chaussures de tango cousu main de chutes de tissu colorées (mes amies me connaissent bien), je garde le souvenir d’un moment magique co-créé en vertu d’un amour dévoué et de solides amitiés réticulaires.

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